Lassé de réécrire une procédure pour dégraisser Ubuntu tous les deux ans, à chaque nouvelle sortie de version LTS (supportée à long terme), j’ai migré d’abord sous Debian début 2018. À la suite d’un gros plantage ayant corrompu le disque, j’ai à nouveau migré sous Fedora fin 2018, deux semaines avant la sortie de Darktable 2.8.

Cette période marquait le début de mon désenchantement global du monde libre, coincidant avec une prise de conscience douloureuse : le développeur open-source moyen n’a pas la moindre idée de ce qu’il fait, et bidouille des trucs plus ou moins à l’aveugle jusqu’à ce que les messages d’erreur disparaissent.

Pourquoi Fedora ? Essentiellement parce que Da Vinci Resolve  fournit des paquets RPM mais pas DEB, et que RedHat est une entreprise semi-sérieuse. Également parce que la distribution est raisonnablement grand-public et que j’ai autre chose à faire que de configurer tout un système à la main.

Bref, tout commença avec un Fedora Workstation  des plus basiques, munis du bureau Gnome par défaut. Sauf que, de mise à jour en mise à jour, des bugs ennuyeux perduraient, en particulier dans la partie la plus basique du système : le navigateur de fichiers. Un OS qui est capable de rater un navigateur de fichier mérite de disparaître. Je suis passé à KDE/Plasma autour de 2020, de guerre lasse. Le futur m’a donné raison : les développeurs de Gnome ont pété une durite et se sont perdus dans une dystopie où le design d’interface reprend tous les travers d’Apple sans en avoir ni l’intelligence ni le budget.

Un ordinateur pour quoi faire ?

Il faut bien comprendre que j’utilise Linux de la même manière que j’utilisais Windows XP :

  1. naviguer le système de fichier,
  2. contrôler des imprimantes,
  3. contrôler le son (entrée et sortie),
  4. se connecter sur un réseau wifi,
  5. démarrer des applications, dont en particulier un client email (Mozilla Thunderbird) et un navigateur web (Mozilla Firefox puis Chromium).

Avec le temps se sont greffés des périphériques additionnels (souris et écouteurs Bluetooth, tablette graphique Wacom), mais globalement je n’attends rien de plus d’un OS. De toute façon, les 3/4 des applications utilisées aujourd’hui sont en fait des services web utilisés dans le navigateur internet, voire des applis de le bureau basées sur le framework ElectronJS  ou Chromium Embedded Framework  et packagées dans un navigateur Chromium sans barre de menu :

  • Messageries sécurisées :
    • Matrix Element,
    • Signal,
    • Telegram,
    • Whatsapp,
    • Cryptocat,
  • Éditeur de texte :
    • Atom,
    • VS Code,
    • Obsidian,
    • Joplin,
    • Typora,
  • Chat :
    • Skype,
    • Slack,
    • Discord,
    • Twitch,
  • Services de streaming :
    • Spotify,
    • Tidal
  • Divers :
    • Bitwarden (gestionnaire de mot de passe),
    • Allusion (gestionnaire de bibliothèque d’éléments graphiques).

Concernant la messagerie électronique classique (emails), la majorité des gens utilise Gmail avec l’interface web directement dans un navigateur, sinon Proton mail  pour ceux qui se soucient de leur confidentialité, ou à défaut l’un des nombreux webmails fournis par leur FAI ou leur entreprise (incluant des solution libres comme Horde , Zimbra , RoundCube , Bluemind , etc.).

Malgré tout ça, et pour une raison que je ne comprends pas, aussi bien Gnome que KDE considèrent qu’il est du ressort de l’environnement de bureau de proposer un serveur d’agenda, d’emails, de contacts et de connexion aux différents services web (Google, Facebook, Dropbox, Owncloud/Nextcloud, voire OpenID , etc.). Ce serveur central, installé sur l’ordinateur (Evolution sur Gnome, Akonadi sur KDE) tourne en tâche de fond en permanence, et fournit une infrastructure aux applications de messagerie et aux widgets du bureau (calendrier, tâches, notes, etc.), qui sont également capables d’envoyer des notifications en temps réel.

Je peux comprendre un serveur d’emails/agenda/contact sur un smartphone, qui est essentiellement une boîte à spam dont la fonction est d’être relié au reste du monde. Mais le smartphone est un appareil de communication, alors que l’ordinateur est entre autres un appareil de production de contenu, supposant qu’on risque de l’utiliser dans un contexte où se faire déranger n’est pas souhaitable.

Non seulement je ne connais personne qui utilise aussi bien Evolution sous Gnome que Kmail sous KDE (qui sont deux visions différentes d’une ergonomie déplorable), mais en plus je ne vois pas pourquoi on voudrait recevoir les notifications sur le bureau. Je tiens à ce que les machins qui font “tut-tut” et “bip-bip” soient confinés dans des applications que je démarre seulement quand je le souhaite. De plus, Nextcloud comme Dropbox ont leur propre daemon de synchronisation, avec des plugins pour les navigateurs de fichiers, et un système de notifications interne. Rien ne justifie de dupliquer la fonctionnalité sur l’environnement de bureau.

Sauf que Akonadi comme Evolution ne peuvent être désinstallés car ce sont des dépendances fortes, en particulier des widgets du bureau et du navigateur de fichier. Essayer de bloquer leur chargement au démarrage créée toutes sortes de bugs bizarres avec le reste du système. On est coincé avec un service inutile qui bouffe des cycles CPU et de la RAM pour strictement rien, sans parler des mises à jour qu’il faut aussi télécharger, bouffant régulièrement de la bande passante pour rien.

C’est encore la même chose avec les services d’indexation, Tracker Miner sous Gnome et Baloo sous KDE. Ils tiennent à jour un index des fichiers, en tâche de fond, incluant leurs métadonnées et leur contenu, pour accélérer la recherche de fichiers. Le problème est que cette indexation peut être assez lourde en calcul et démarrée à des moments qui ne vous arrangent pas. J’ai ainsi retrouvé mon ordinateur en train de chauffer sans rien faire, et c’est une analyse des processus démarrés qui m’a mise sur la piste. Depuis quelques années, Baloo a une option permettant de désactiver l’indexation quand l’ordinateur fonctionne sur batterie, mais il faut savoir que ça existe. Enfin, l’index est une base de donnée qui peut prendre plusieurs Go de cache sur le disque.

La recherche de fichiers sert très peu si vous rangez vos fichiers dans des dossiers pertinents. Le moment où je l’utilise, c’est plutôt pour chercher des fichiers de configuration et des exécutables, dans les dossiers système, qui ne sont pas indexés. Dans ce contexte, la recherche via le navigateur de fichier est lente et manque souvent des choses, et je dois souvent finir par utiliser find ou grep en ligne de commande. Là encore, je ne suis pas du tout convaincu de l’intérêt de Baloo ou Tracker Miner, qui sont là aussi non-désinstallables.

Pour finir, Gnome comme KDE sont tombés dans le piège du sexy. Les fenêtre semi-transparentes sont composées les unes sur les autres, et disparaîssent avec des effets dynamiques, consommant des cycles GPU via des shaders OpenGL (là encore, mis en cache sur le disque et sans suppression automatique des caches obsolètes), et de la batterie pour aucune raison valable.

Bref, en mode économie de batterie, Fedora 38 avec le bureau KDE consomme 3 à 3,5 % de processeur, ouvert sans rien faire. Ça plus la surface exposée aux bugs, via des services d’arrière-plan que je n’utilise pas mais qui tournent quand même, j’en ai eu marre.

Spoiler alert : avec LXQt, la consommation processeur à vide du système tombe entre 1,4 et 1,9 %, avec un taux de décharge de la batterie de 8 à 9 W.

LXQt ?

Le bureau LXQt se veut léger, il vient avec quasiment rien, et repose sur Qt. Pour avoir programmé en C et en Python à la fois avec Qt et Gtk, je veux le moins moins possible de Gtk dans ma machine parce que cette librairie est une immonde merde, secouée par des développeurs irresponsables qui n’ont pas le moindre état d’âme quand ils déprécient à la version 3.26 des fonctions introduites à la version 3.22. Baser un projet sur Gtk, c’est aimer se faire mal.1

LXQt n’est pas sans souffrir quelques bugs, par exemple le navigateur de fichier par défaut (PCManFM-Qt) est incapable d’accomplir une recherche de fichier ou de démonter un lecteur externe sur Fedora 38, et je n’ai pas eu le courage de chercher pourquoi. Mais rien n’empêche d’installer le navigateur de KDE (Dolphin) et de le définir par défaut.

LXQt souffre également de certaines limitations qui demandent un travail additionnel, comme la gestion des couleurs, les écran HiDPI ou des touches media. À la différence de mes articles sur Ubuntu, où l’on détaillait ce qu’il fallait retirer de l’OS, ici on se bornera à compléter ce qui manque.

Installer LXQt sur Fedora

Fedora 38 livre un groupe de paquet pour le bureau LXQt, il suffit d’installer :

1sudo dnf install @minimal-environment
2sudo dnf install @lxqt-desktop-environment

Si vous aviez un groupe responsable de l’environment de bureau précédemment installé, il faudra l’échanger avec LXQt pour être autorisé à le désinstaller. Par exemple :

1sudo dnf swap @fedora-workstation @lxqt-desktop-environment # échange ancien -> nouveau
2sudo dnf remove @fedora-workstation

Installer un gestionnaire Bluetooth

La connexion de périphériques Bluetooth déjà appariés avec votre ordinateur se fait automatiquement, en arrière-plan, par l’utilitaire en ligne de commande bluez. Vous pourriez vouloir une interface graphique pour associer rapidement de nouveaux appareils à l’avenir. Le gestionnaire Bluetooth de KDE, bluedevil, fera l’affaire :

1sudo dnf install bluedevil kde-settings

Dans le menu PréférencesConfiguration du système KDE, vous trouverez une entrée Bluetooth qui vous permettra de configurer ce qui doit l’être. Notez que LXQt n’a pas d’icône de raccourci Bluetooth pour la barre des tâches (systray) et que Bluedevil requiert le bureau KDE pour afficher une icône.

Il est possible d’installer le paquet blueman comme icône de raccourci pour LXQt, mais cette application codée en Python avec Gtk+ exécute un programme en tâche de fond, particulièrement gourmand en CPU (donc en batterie) considérant qu’il ne fait rien qu’écouter la présence de nouveaux appareils (c’est bluez, qui, de toute façon, gère les connexions Bluetooth actives). Il est donc déconseillé, et il suffit de passer par le panneau de configuration de KDE pour ajouter de nouveaux appareils au besoin (ce qui n’arrive pas tous les jours).

Installer un gestionnaire d’imprimantes

Là encore, les imprimantes déjà installées auparavant fonctionneront toujours, mais aucune interface n’est installée par défaut pour en ajouter de nouvelles. Le système d’impression CUPS peut être administré depuis une interface web, dans un navigateur, à l’adresse http://localhost:631/admin . Sinon vous pouvez aussi installer un gestionnaire léger, accessible depuis le menu :

1sudo dnf install system-config-printer

Il sera disponible dans le menu PréférencesConfiguration de l’impression.

Installer un trousseau de mots de passe et clés

Un trousseau permet de charger clés SSH et mots de passe à l’ouverture de votre session, ce qui est utile pour éviter de devoir retaper des mots de passe Dropbox, Nextcloud/Owncloud, Skype, etc. mais aussi les mots de passe wifi, VPN, et autres accès réseau, à chaque nouvelle session. Là encore, il n’est pas installé par défaut :

1sudo dnf install lxqt-wallet

Une icône est disponible dans la barre des tâches.

Installer un gestionnaire media global

Les touches media lecture/pause globales présentes sur votre clavier ne sont connectées à rien sur le bureau LXQt. De même, les boutons de commande des casques Bluetooth ne fonctionnent pas. Heureusement, il n’y a pas grand chose à faire pour les activer.

Commandes de playback

Le playback permet de contrôler la lecture d’une application multimedia compatible (VLC, Chrome, Firefox, etc.) au niveau du système, notamment via des raccourcis clavier. Si plusieurs applications multimedia ont été ouvertes, c’est la dernière utilisée qui est contrôlée.

1sudo dnf install playerctl

PlayerCtl  expose les commandes de playback globales du système et permet de les utiliser dans des scripts ou des les associer à des raccourcis clavier, en particulier aux touches dédiées. Pour créer de nouveaux raccourcis, allez dans le menu PréférencesTouches de raccourcis puis définissez de nouveaux raccourcis associés aux commandes suivantes (au choix):

  • playerctl play-pause : démarre ou arrête la lecture,
  • playerctl next et playerctl previous : joue la piste suivante/précédente dans la liste de lecture,
  • d’autres contrôles (lecture aléatoire, en boucle, etc.) sont disponibles sur la page du projet.

Il faudra ensuite lancer la commande playerctld daemon au démarrage de la session, ce qui peut s’ajouter dans les services au démarrage, via le menu PréférencesParamètres de la session LXQtLancement automatique.

Commandes playback Bluetooth

Les commandes playback sont disponibles via des boutons (physiques ou tactiles) sur certains casques audio et enceintes Bluetooth. Là encore, il faut installer un pilote supplémentaire pour les supporter :

1sudo dnf install bluez-util

Puis ajoutez la commande mpris-proxy dans les services lancés au démarrage de la session (PréférencesParamètres de la session LXQtLancement automatique).

Gérer le clavier français à la connexion

Ceci n’est pas un problème inhérent à LXQt, mais à Fedora 38. Aussi bien KDE/Plasma que LXQt utilisent le chargeur de session graphique SDDM, qui avait un sélecteur de disposition de clavier jusqu’à Fedora 37, mais les champions de chez Redhat ont trouvé moyen de casser ça et seul le clavier QWERTY est supporté.

Le support du clavier français AZERTY s’obtient avec la commande:

1localectl set-x11-keymap --no-convert "fr" "pc105" "azerty"

Pour le BÉPO, c’est :

1localectl set-x11-keymap --no-convert "fr" "pc105" "bepo"

Installer la gestion des profils de couleur écran

La gestion des couleurs permet d’obtenir des couleurs standard à l’écran, ce qui est utile pour les artistes graphiques qui doivent travailler avec d’autres gens et imprimer leur travail, car cela assure que tous les agents de la chaîne graphique voient les mêmes couleurs. En particulier, les écrans LED tendent à avoir un blanc plus froid que le D65 de référence, ce qui doit être corrigé.

L’étalonnage des couleurs passe par des fichiers de profil .icc ou .icm qui peuvent être élaborés de différentes manières (logiciel Xrite sous Windows, Display Cal sous Linux, ou directement ArgyllCMS en ligne de commande). Cet étalonnage se fait en 2 parties :

  • la VCGT (Video LUT Gamma Table), qui est chargée dans la mémoire vidéo et corrige le “gamma” de l’écran ainsi que la balance des blancs globale, et qui est utilisée pour tout le système, incluant le bureau,
  • le profil (généralement, une matrice de correspondance RVB) que les applications gérées en couleur peuvent choisir d’utiliser afin de corriger leurs buffers d’image.

La validité du profil est conditionnelle au bon chargement de la VCGT : les deux étages sont nécessaires, et un profil appliqué sans sa VCGT ne donnera pas le résultat attendu. Notez que les applications de type Redshift2 écrivent dans la VCGT et invalident le profil écran.

Chargeur de VCGT

Installez ArgyllCMS :

1sudo dnf install argyllcms

Placez votre profil ICC dans ~/.local/share/icc/ s’il doit être disponible pour l’utilisateur courant, ou dans /usr/share/icc/ s’il doit être disponible pour tout le système.

Si vous avez plusieurs écrans connectés, lancez en console dispwin -h et notez la sortie à l’argument -d, qui contiendra le numéro d’index et la désignation de chaque écran. Par exemple, avec un seul écran :

1 -d n[,m]             Choose the display n from the following list (default 1)
2                      Optionally choose different display m for Video LUT access
3    1 = 'Monitor 1, Output eDP-1 at 0, 0, width 3840, height 2160'

Ajoutez un service au démarrage de la session (PréférencesParamètres de la session LXQtLancement automatique) avec la commande dispwin -d 1 ~/.local/share/icc/VOTRE_PROFIL.icc. Si vous avez plusieurs écrans, recommencez pour chacun d’entre eux en utilisant le bon numéro d’index (argument -d). Vous pouvez également lancer cette commande manuellement, typiquement l’écran va changer de nuance de blanc pour quelque chose de plus chaud. Il faudra mettre à jour cette commande si vous mettez à jour votre profil.

Publier le profil sur le système

Une fois la VCGT chargée, il faut notifier globalement le système qu’il existe un profil écran que les applications gérées en couleur pourront choisir d’utiliser. Cela passe typiquement par colord ou xatom, pour lequel Gnome et KDE ont chacun une interface graphique. Ici, nous allons devoir passer par un utilitaire un ligne de commande : XICCD , qui est utilisé nativement par le bureaux Xfce depuis peu, mais toujours pas par les autres bureaux légers.

Malheureusement, il n’est pas sur les dépôts Fedora, mais il peut être compilé très facilement avec la séquence de commande suivantes (exécutez les une par une dans un terminal).

1sudo dnf install glib2 colord libXrandr git
2git clone https://github.com/agalakhov/xiccd.git
3cd xiccd
4aclocal
5autoconf
6automake --add-missing --foreign
7./configure
8make
9make install

Il est important que le profil ait été déposé soit dans ~/.local/share/icc/ soit dans /usr/share/icc/ à l’étape précédente, pour être automatiquement détecté à cette étape. Dans un terminal que vous garderez ouvert, exécutez :

1xiccd

Laissez ce terminal ouvert, et ouvrez en un autre, puis exécutez la commande colormgr get-devices devrait alors renvoyer quelque chose du genre :

 1Object Path:   /org/freedesktop/ColorManager/devices/xrandr_BOE_1000
 2Owner:         VOTRE_UTILISATEUR
 3Created:       novembre  2 2023, 10:28:36 PM
 4Modified:      novembre  2 2023, 10:28:36 PM
 5Type:          display
 6Enabled:       Yes
 7Embedded:      Yes
 8Vendor:        BOE
 9Seat:          seat0
10Scope:         temp
11Colorspace:    rgb
12Device ID:     xrandr-BOE
13Profile 1:     icc-1f3be0c05093e05b90bb0f08c2163cc4
14               /home/VOTRE_UTILISATEUR/.local/share/icc/VOTRE_PROFIL.icc
15Metadata:      OutputEdidMd5=b61579374dbc293dad3057f4f2ee3534
16Metadata:      OutputPriority=primary
17Metadata:      XRANDR_name=eDP-1
18Metadata:      OwnerCmdline=xiccd

Si vous utilisez Ansel ou Darktable, vous pouvez vérifier que le profil est correctement détecté avec l’utilitaire ansel-cmstest ou darktable-cmstest, qui devrait renvoyer quelque chose du genre :

 1ansel-cmstest version 0.0.0+318~g1779354328
 2this executable was built with colord support enabled
 3ansel itself was built with colord support enabled
 4
 5primary CRTC is at CRTC 0
 6
 7eDP-1   the X atom and colord returned different profiles
 8        X atom: _ICC_PROFILE (21648 bytes)
 9                description: NV156QUM_N43_03-07-2022-3.icm
10        colord: "/usr/share/color/icc/colord/NV156QUM_N43"
11                description: NV156QUM_N43_03-07-2022-3.icm

Ajoutez un service au démarrage de la session avec la commande xiccd pour charger XICCD automatiquement. Votre système est désormais géré en couleur, aussi bien sous X11 que sous Wayland, tout ce que vous aurez à faire est reprofiler votre système 2 fois par an et mettre à jour le chemin du profil dans la commande Argyll CMS (dispwin). XICCD charge automatiquement le profil dont dispwin a chargé la VCGT.

Note

L’utilisation du profil écran ainsi déclaré est la responsabilité de chaque application, et le fait qu’une application prétende être « gérée en couleur » ne garantit pas qu’elle le soit convenablement. Par exemple, la visionneuse d’images Gwenview fait n’importe quoi ici.

Gérer les hautes densités d’écran

La gestion des écrans HiDPI (4K, Retina, etc.) est le vrai point de douleur de LXQt. Il faut comprendre que chaque librairie graphique (Qt et Gtk) a sa propre façon de gérer le facteur de mise à l’échelle, via des variables d’environnement (voir ci-dessous). Sauf que certaines applications Gtk ne tiennent pas compte de ces variables et attendent un paramètre défini par xsettings. La solution la plus universelle est de passer directement par la mise à l’échelle du serveur X, mais cela ne suffit toujours pas pour certaines applications Gtk (XSane, certaines fenêtres modales, etc.).

Configurer Xresources

Dans ~/.Xresources, écrivez :

1Xft.dpi: 192

Ceci remet à l’échelle tout le serveur X, d’un facteur de 2 (la valeur par défaut est 96). On pourrait croire que ça serait assez (ça l’est pour les applications Qt), mais pour Gtk, il faut faire la danse des 7 voiles en plus.

Configurer Xsettings

Dans ~/.config/xsettingsd/xsettingsd.conf, écrivez :

1Gdk/UnscaledDPI 98304
2Gdk/WindowScalingFactor 2
3Gtk/CursorThemeSize 48
4Gtk/EnableAnimations 0

Installez le paquet xsettingsd et ajoutez la commande xsettingsd aux services démarrés automatiquement avec la session. Gimp et les applications Gtk4 n’utilisent que ceci.

Installer Kwin

LXQt est fourni avec le gestionnaire de fenêtres OpenBox, très léger, mais incapable de mettre les boutons des fenêtres (fermer, réduire, maximiser) à l’échelle. De plus, il ne possède pas de “bords collants”, qui permettent de redimensionner une fenêtre à la moitié de la surface écran en la collant sur un bord. Bref, c’est un peu trop vétuste.

Vous pouvez installer kwin et définir kwin_x11 comme gestionnaire de fenêtres par défaut dans le menu PréférencesParamètres de session LXQtParamètres de base. Vérifiez que le réglage Mise à l’échelle globale de l’écran, dans la même fenêtre, soit défini à 1 si vous avez déjà doublé le réglage DPI dans ~/.Xresources.

Il faudra redémarrer la session pour que le réglage prenne effet. Les réglages de Kwin sont disponibles dans le menu PréférencesConfiguration du système KDEGestion des fenêtres.

Configurer les variables d’environnement LXQt

Tout d’abord, dans le menu PréférencesApparenceStyle GTK, décochez l’option Configurer les styles GTK. En effet, cette option va forcer la variable d’environnement GDK_SCALE à la valeur de Mise à l’échelle globale de l’écran des Paramètres de base, qui est réglée à 1 pour nous, alors que nous devons règler GDK_SCALE à 2 pour que Mozilla Thunderbird et VS Code soit correctement mis à l’échelle (quand bien même on a déjà doublé la résolution du serveur X, allez comprendre…).

Pour le reste, vous pouvez régler les variables d’environnement, dans le menu PréférencesParamètres de la session LXQt, aux valeurs suivantes :

image

Avec ça, la plupart des applications fonctionneront correctement, aussi bien Qt que Gtk, voire WXWidgets, etc. Ce sont essentiellement les fenêtres modales (erreurs, confirmation) qui ne sont pas toujours bien mises à l’échelle, et il est possible que des logiciels tiers écrasent le facteur global GDK_SCALE, ce qui nécessitera une correction.

Configurer SDDM

SDDM est le chargeur de session graphique. Il peut arriver qu’il soit mal configuré par défaut. Son fichier de configuration se trouve dans /etc/sddm.conf.d/ et porte l’extension .conf. Vérifiez qu’il contienne bien :

 1[General]
 2HaltCommand=
 3Numlock=on
 4RebootCommand=
 5GreeterEnvironment=QT_SCREEN_SCALE_FACTORS=2,QT_FONT_DPI=192
 6
 7[Theme]
 8Current=02-lxqt-fedora
 9CursorSize=48
10CursorTheme=breeze_cursors
11EnableAvatars=false
12
13[X11]
14ServerArguments=-nolisten tcp -dpi 192
15EnableHiDPI=true

Installer les contrôles KDE

Supprimer les raccourcis KDE

Avant toute chose, s’il reste des résidus de configuration KDE et que vous installez les contrôles KDE, vous risquez des conflits, notamment en ce qui concerne les raccourcis clavier. Il va donc falloir supprimer les raccourcis avant toute chose :

1rm ~/.config/kglobalshortcutsrc

Paquets

Quelques paquets KDE qui vous permettent de configurer des éléments du bureau LXQt sans devoir charger tout le bureau KDE :

  • Panneau de configuration KDE/Plasma : plasma-systemsettings
    • Gestionnaire Bluetooth : bluedevil
    • Navigateur de fichier : dolphin
    • Capture d’écran : spectacle
    • Gestionnaire de paquet : plasma-discover (supporte les paquets Flatpak et les mise à jour des microprogrammes des fabricants partenaires, sinon LXQt est fourni avec un simple gestionnaire de paquets RPM).
  • Gestionnaire de mise en veille : xscreensaver (à installer si une erreur apparaît en récupérant la session après mise en veille).

Conclusion

Le meilleur OS est celui qui se fait oublier. L’environnement de bureau est le front-end de cet OS. À cet égard, LXQt est remarquablement non-excitant, en assurant seulement le strict minimum d’une façon efficace et basique. Ce faisant, les sources de bugs sont limitées autant que possible.

Si vous voulez plus, il faudra le configurer vous-même, ce qui est beaucoup plus sain que devoir dégraisser par rétro-ingéniérie un OS livré avec trop de choses dont vous n’avez pas besoin, avec le risque de casser le système en retirant un composant important.

Fedora 39 est sorti pendant la rédaction de cet article, et c’est avec lui que j’écris cette conclusion. LXQt juste marche, de la même manière. Une fois tout réinstallé, j’arrive à 1,4-1,9 % d’utilisation du CPU pour le système de base, et une puissance de décharge de la batterie de 12-13 W après installation du driver Nvidia propriétaire (avant, j’étais à 8-9 W).

J’échoue à voir ce qui excite les guignols libristes dans Fedora 39, en particulier le “nouveau” Gnome 45… C’est toujours la même ergonomie dégradée (avec des icônes pas toujours claires qui remplacent le texte dans les boutons de l’interface… mon grand-père de 83 ans adore), dans un OS chargé de trucs inutiles qui engraisse comme un américain.

Je ne comprends pas non plus pourquoi le projet Gnome s’acharne à livrer en natif des applications que personne n’utilise (Evolution, Empathy, Epiphany). Tout ce travail est un gaspillage d’énergie (humaine et électrique) et de temps.

Les accords de Paris sur le climat  issus de la COP21 prescrivent une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % pour 2030. En passant de KDE à LXQt, j’ai réduit de 60 % la consommation CPU de mon système de base. Voilà.


  1. Le fait que Gtk soit utilisé exclusivement par des logiciels non-commerciaux , et globalement par des logiciels malfoutus, est un signal d’alerte. ↩︎

  2. virage de la température écran vers le rouge en soirée, pour respecter les rythmes circadiens et préserver le sommeil. ↩︎